
@ Ch. Mouton
Jadis, je m’étais dis, quand j’ai commencé à travailler, que je m’accorderais quelques instants par jour à ne penser à rien, à ne rien faire, à «perdre mon temps».
C’était un principe sans doute appris pour se fondre dans un moule de pseudo parfait manager !…
En fait, j’ai dû le transformer en temps d’écriture car ne penser à rien et ne rien faire m’a toujours donné au contraire plein de pensées à écrire pour ne pas qu’elles soient totalement perdues.
Aujourd’hui, je m’aperçois que je ne peux quasiment jamais le faire, que le temps me vole mes pensées, mes mots écris, et sans doute quelque part des bouts de mon histoire….
Si on ne peut écrire ce que l’on pense et vivre, est-ce le penser et vivre vraiment ?…
Tiens, ça recommence, abondance d’interrogations ! Trop de questions dis-tu !..
Cela dit, dans notre monde, les choses ne semblent avoir véritable existence que dans leur mise en langage. Le mutisme du silence n’est relégué qu’à la réalité des songes. Ce qu’on refuse, on le tait, comme si on pouvait ainsi l’effacer.
II faudrait pouvoir exprimer ce qui fait peur, histoire de faire disparaître les craintes. Ainsi, sous la forme des mots, elles ne seraient objectivement que du vent…
J’écris donc je suis, et pas seulement parce que je suis…
Alors si le temps me bouffe, inexorablement, et que le temps d’écrire me manque, il ne restera plus que la fatigue du silence. Le temps qui empêche d’écrire dérobe l’amour mais aussi la tristesse.
Ce temps je le déteste quand il se met à prendre toute mon existence, je ne me sens plus exister.
Je lui impose alors mes petits temps à moi, faits de mots, de pensées et d’images qui durent le temps d’une vie et larguent les tâches urgentes et prioritaires à leur pauvre état.